J'avais le front collé au sien, très très très près. Je ne pouvais presque pas le regarder, tellement mes yeux étaient près de ses yeux. J'avais promené mes lèvres sur sa joue comme à l'accoutumée. Parfois je me demandais ce qu'il se passait dans sa tête. Il me regardait avec ses yeux heureux, et je le regardais avec des yeux heureux. Je n'osais penser à autre chose, à l'avenir, aux départs, au fond de mon coeur qui est un puits de mélancolie, aux chats abandonnés et aux petites filles qui pleurent. Nous étions au matin allongés sur le lit, nous avions les odeurs de la nuit et, nus tous les deux dans nos draps froissés, nous étions en paix. 

Je me suis levée pour lui apporter de l'eau, et puis me suis glissée dans les draps à ses côtés. Je ne voulais que rester auprès de lui, ne pas penser aux choses tristes et aux choses qui blessent, et laisser toute l'électricité de ma peau s'aimanter à sa présence.

Il allait partir bientôt, je n'osais y penser. Chaque minute de ce bonheur étaient de la dimension infinie de l'éternité.